
La confusion des sentiments
Stefan Zweig
Difficulté **
Profondeur **
Originalité ***
Emotions ***
2,5 millions de livres ont été vendus en France par Stefan Zweig entre 2004 et 2012. Privilégiée par les lecteurs français au milieu d'une œuvre riche et puissante: "le joueur d'échecs", "Amok", "Fouché", "Montaigne", "Marie Stuart", "Balzac",..., "la confusion des sentiments" m'apparait pourtant comme une oeuvre de jeunesse.
Certes un moment autobiographique chez le plus grand des biographes méritait l’attention, mais Zweig peine à se soumettre à l'exercice, comme infantilisé par son passé. Sur le fonds, cette histoire d’amour impossible est touchante, mais trop lente et hystérisée pour intéresser et plaire au lecteur.
La plume de Zweig est habituellement directe, élégante et précise. Elle est ici ampoulée, démonstrative, descriptive et enflammée. Sans cela l’histoire tiendrait sur quelques pages.
Las lui-même de son sujet, l’auteur court-circuite son propre récit lors du passage à l’acte avec l’épouse : le moment est escamoté, presqu’inattendu. Quand le mystère s’efface et les souffrances s’expliquent enfin, l’œuvre se termine en quelques phrases lapidaires dignes d’une nouvelle.
Aussi le lecteur sort frustré de ce sujet pourtant brûlant et émouvant. On se demande presque si Zweig n’a pas tout à coup été embarrassé par sa propre histoire pour en affronter pleinement la grande modernité.
Certes il a voulu se dépeindre avec le style, la compréhension et la fougue de sa jeunesse dans un forme d’auto-analyse documentaire, mais il en a oublié l’intérêt littéraire : là où on souhaiterait pressentir le maître, il propose sa perception naïve du moment et fuit les moments cruciaux …
Selon moi, ce roman est une anomalie dans l'oeuvre de Zweig : proche de lui, elle n'a rien à voir avec ses créations.
Achevé de rédiger le 02/04/2022