
Le tour du monde en 80 jours
Difficulté **
Profondeur **
Originalité ****
Emotions ***
Jules Verne est l’auteur français le plus connu au monde et "le tour du monde en 80 jours" est son plus grand succès de son vivant. Cette œuvre est un pivôt thématique dans la bibliographie de l’écrivain: elle constitue la frontière entre les voyages les plus extraordinaires, succès majeurs de l'auteur : "l’île mystérieuse", "voyage au centre de la terre", « Autour de la lune ", "20000 lieues sous les mers", "de la terre à la lune" et ses récits plus réalistes: « 5 semaines en ballon », « Les tribulations d‘un chinois en Chine », « Les révoltés de la Bounty »,…… L’histoire a été adaptée sous toutes les formes pour devenir légendaire, cependant le livre doit être perçu comme un des piliers d’une œuvre globale totalement indépassable (62 romans, 18 nouvelles) à l’instar d’un Shakespeare ou d’une Agatha Christie. En effet, l’inspiration trouvée chez Jules Verne par les scénaristes et les romanciers est unique. Il est le quatrième auteur le plus porté à l’écran dans le monde et le deuxième le plus traduit.
Le titre dit tout: le monde est désormais connu et ´ facile ´a parcourir, l’époque des explorateurs et des aventuriers est révolue. Le style de Verne en est modifié : les descriptions scientifiques ou naturalistes sont ici presque bannies, réservées essentiellement à des moments de cartographie. La civilisation a gagné et la plume est plus dynamique, vive, suivant le rythme effréné de l’action. Les dialogues sont brefs et directs comme il convient à des personnages décidés et modernes. "Le tour du monde en 80 jours" est peut être le livre le plus drôle de son auteur et aussi le plus rythmé, avec cette tension permanente du chronomètre. Le chapitrage typique avec ses sous-titres qui dévoilent le contenu à venir relance l'intérêt du lecteur, dans le style feuilletonesque de l'époque.
Fogg et Passe-partout sont avec Némo les personnages les plus célèbres de Jules Verne. Ils le méritent: touchants, valeureux, généreux, leur humanité s’associe sans mal à des qualités qui voisinent les super pouvoirs (chance, agilité, force, discrétion, persuasion…). Le sang-froid aristocratique de Fogg est fascinant car il se double d’une motivation totale et d’un esprit d’initiative permanent. Si Aouda est un personnage féminin à l’ancienne, elle n’en est pas moins courageuse, fière et droite. Fix, l’antagoniste, est caricatural dans son obsession policière, mais reste drôle et admirable de persévérance.
L’humanité est bien le thème principal de cette aventure : la nature a été soumise, malgré la puissance de l’éléphant ou la multitude des buffles, malgré la violence des tempêtes ou la hauteur des montagnes. Verne regrette bien sûr l’uniformisation du monde qu’il constate dans toutes les villes décrites sur le parcours. Son héros ne montre d'ailleurs aucun intérêt, ni pour les villes, ni pour les paysages, comme s'il renvoyait l'homme et la nature dos à dos. Mais l'auteur, dont la sensibilité se retrouve essentiellement dans ses romans les plus réalistes comme "Michel Strogoff », « Deux ans de vacances » ou « Les enfants du capitaine Grant », accepte autrui avec ses défauts et son héros pardonne leurs méfaits à Proctor ou à Fix. Il finit par s’attacher aux autres et découvrir des émotions, découvrant la possibilité du bonheur.
Le monde a changé, pour le meilleur et pour le pire. Cette phrase résonne avec le mariage final de Fogg qui va bouleverser sa vie, bien morne auparavant aux yeux du lecteur. C’est la leçon du "Tour du monde en 80 jours", récit d’aventures définitif et total.