
La conjuration des imbéciles
John Kennedy Toole
Difficulté ***
Profondeur ****
Originalité ****
Emotions ***
L'auteur de ce roman brillant se suicide face au désintérêt des éditeurs pour son livre. Publiée à titre posthume 11 ans plus tard grâce aux efforts de sa mère, prix Pulitzer, vendue à 1,5 millions d'exemplaires, cette œuvre originale déconcerte et séduit tout à la fois. Car « la conjuration des imbéciles », titre évocateur et ironique, développe le concept d’antihéros de façon XXL dans tous les sens du terme ("Don Quichotte" rencontre "Pantagruel").
Ce Tanguy obèse pourrait même être antipathique si une certaine tristesse naïve ne l’habitait pas. Mais l’humour omniprésent anime un récit qui flirte souvent avec l’absurde. L’analyse postérieure immodeste par le héros de ses propres échecs participe de la drôlerie, ainsi que l’incapacité de ses proches à le ramener à un pragmatisme qu’il juge vulgaire.
Ses combats, qui tournent invariablement à la catastrophe, ne sont pourtant pas innocents : son focus contre le capitalisme et l’oppression du travail se double d’une lutte pour la liberté d’expression et de pensée.
La plume est précise et cède pourtant souvent au rythme diabolique de scènes délirantes. Le roman appartient d’ailleurs à cette catégorie d’œuvres immédiatement visuelles pour le lecteur (comme « les promesses de l’aube » par exemple) : l’adaptation cinéma semblerait une évidence avec un acteur hors du commun, mais de nombreux échecs en démontrent la difficulté.
Une œuvre rare, moderne et étonnante
Achevé de rédiger le 28/06/2022