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Le comte de Monte Cristo
Difficulté ***
Profondeur ***
Originalité ***
Emotions ***
Auteur de 300 titres, le créateur des "3 mousquetaires" a connu un succès instantané avec "le comte de Monte Cristo". Sa renommée est internationale et il fait référence au cinéma : mystère, prison, évasion, vengeance, … Dumas appartient à ces grands auteurs dont l’importance est minimisée par la ferveur des jeunes lecteurs. La revanche d’un prisonnier injustement incarcéré se traduit pourtant par une vengeance implacable qui détruit des familles et en grande partie la psyché du héros, dans une lecture longue et sombre.
Alexandre Dumas, génie du roman de cape et d’épées, déroule un style vif et piquant dans sa narration, précis et classique dans sa description, mais il écrit différemment de ses grands prédécesseurs. Il préfère notamment interpeller le lecteur sur la psyché des personnages et la mécanique implacable des événements. La virulence de la critique sociale montre par ailleurs le dédain de Dumas pour les successeurs de la noblesse : les pouvoirs financiers, juridique et politiques sont incarnés par des personnages cruels et égoïstes que le comte abat un par un, comme une métaphore révolutionnaire. Son classicisme étonne cependant dans la dernière partie avec des dialogues ampoulés et répétitifs, qui amènent une théâtralité un peu surannée.
La brutalité initiale de l’histoire d’Edmond Dantès ne présage pas de déclarations d’affection et d’affliction. Les personnages impliqués sont manichéens et ne tergiversent pas : les justes sont brisés et les ambitieux réussissent sur leur malheur. Ensuite Dumas complique l’équation : les scélérats ont des familles, seront-elles des victimes collatérales ? Le monolithe qu’est le comte commence alors à fissurer et les émotions affleurent. La psychologie des personnages s’affine, même pour les plus cruels et leur destin final en montrera les failles et les limites.
La mythification, dieu ou diable, du comte par ses amis ou ses adversaires, est troublante. Car seul il se réfère constamment à Dieu dont il se dit l’instrument et les sentiments qu’il inspire frôlent le paganisme. Aussi l’idée christique, transparentes dans « Cristo « mais aussi dans « Dantes » et son enfer, prend forme : Dumas ne souhaiterait-il pas un nouveau messie pour corriger une époque corrompue ? Edmond s’évade à la place d’un mort à 33 ans … Si la fin du roman détourne cette idée : le comte fait des erreurs, décide d’ouvrir son cœur et recouvre son humanité, cette rédemption finale, à travers le pardon et la capacité retrouvée à aimer, transmet un message chrétien.
Car le libre-arbitre, quelle que soit la fatalité, persiste et certains trouvent une énergie farouche pour survivre au déshonneur ou à l’infâmie. Eugénie s’exile pour vivre l’existence dont elle rêve, Albert s’engage dans l’armée. Seules les âmes les plus noires finiront décimées et la fin d’un Caderousse toujours envieux en est l’exemple parfait. La conscience morale de Mercedes sublime cette analyse avec l’acceptation de sa punition.
La modernité de l’œuvre lui a assuré la postérité : la crudité de la violence, la précision de l’analyse des marchés financiers, l’importance des moyens de communication, ... La longueur de cette épopée magnifique est justifiée par des intrigues multiples et des personnages à foison. La mise en place subtile et progressive des châtiments par le comté fascine le lecteur et leurs dénouements violents et complexes conservent son attention jusqu’a la fin.
L’œuvre absolue sur le thème de la vengeance, à l’origine de tous les scénarios du genre, mais qui traite le sujet in extenso, avec une maturité qu’on retrouvera rarement et un mysticisme rafraîchissant.
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